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Que ton règne vienne

Une croix pour trône, des épines pour couronne, des moqueries pour hommage, des bourreaux pour sujets, l’agonie pour toute majesté. Même l’inscription placée au-dessus de sa croix, qui le désigne roi des juifs, fait réagir ceux qui la lisent et suscite l’ironie des soldats et la provocation d’un malfaiteur suspendu avec lui : « si tu es le Messie, sauve-toi toi-même ! ».

Au milieu de cette violence, un homme, pourtant, prend au sérieux cette inscription. C’est aussi un malfaiteur, mais se tournant vers Jésus, il le prie de cette prière toute simple, presque vide : « souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton règne ». Et Jésus lui fait en réponse cette promesse inouïe : « aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis ». Avec ce bon malfaiteur, nous découvrons que le Christ est roi. Il est roi même sur la croix, et surtout sur la croix. Parce qu’il n’est pas roi à la manière du monde, son royaume n’est pas de ce monde. Le règne du Christ ne prend la forme d’aucun régime ou structure politique, il n’épouse aucune forme de pouvoir ou de domination. Il n’est pas une société parfaite ou idéale. Il n’est pas une organisation puissante. Le règne du Christ est au contraire impuissance, et sa royauté s’exerce par l’abandon de lui-même jusqu’à la mort sur une croix.

C’est pourtant là que Jésus promet au malfaiteur d’être avec Dieu, de l’entraîner dans ce dynamisme qui conduit au Père, là où tout n’est plus que paix et amour. Il nous faut sans cesse contempler le mystère de la croix du Christ pour saisir la portée de la royauté du Christ, parce que nous y découvrons la voie que Jésus ouvre et désigne. Il ouvre une voie de réconciliation, de pardon possible, de mouvement vers Dieu pour celui qui reconnaît son amour et le désire. Si Jésus promet le paradis au malfaiteur, c’est parce qu’il entend sa prière et y reconnaît la sienne, une prière habitée du désir de Dieu : « que ton règne vienne ». La royauté que le Christ exerce, c’est son abandon libre au Père, c’est le mystère de sa croix par lequel il s’établit lui-même dans le royaume de gloire du Père. Cette royauté ne s’impose pas, mais elle s’offre à tous comme l’unique voie d’achèvement de ce monde, qui le transforme profondément en lui donnant l’amour de Dieu. Par lui, le Christ. Avec lui, aujourd’hui, dans le royaume.

Père Denis Tosser

Evangile du jour : Luc 23, 35-43

19:15 Ecrit par St Pierre de Montrouge dans Edito | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note